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Comment choisir les trois morceaux d'un EP à mettre en avant pour convaincre un programmateur de festival

Comment choisir les trois morceaux d'un EP à mettre en avant pour convaincre un programmateur de festival

Choisir trois morceaux d’un EP à mettre en avant pour convaincre un programmateur de festival, c’est un art autant qu’une stratégie. J’ai usé, testé et parfois raté cette sélection plus d’une fois en préparant des dossiers pour des scènes locales ou des tremplins. Aujourd’hui je vous livre ma méthode, concrète et incarnée, pour maximiser vos chances d’attirer l’attention — et surtout d’être booké·e.

Commencer par l’objectif : quel festival, quelle scène ?

Avant toute chose, notez ceci : tout dépend du festival visé. Un morceau idéal pour un festival indie en bord de mer ne sera pas nécessairement celui qui convaincra un programmateur d’un festival électro ou d’un événement folk. Je commence donc toujours par me poser ces questions :

  • Qui est le public du festival ?
  • Quelle est l’ambiance générale (apéro, nuit, grande scène, scène découverte) ?
  • Quels artistes sont programmés généralement ?
  • Répondre à ces questions me permet d’écarter rapidement les titres qui ne collent pas à l’esprit de l’événement. On ne propose pas un slow lâché pour une nuit électro et on n’envoie pas un banger hard-rock pour une scène acoustique intimiste.

    Définir les trois rôles : accroche, identité, performance live

    Je choisis systématiquement trois morceaux selon des rôles distincts. Cette grille m’aide à présenter un argumentaire cohérent au programmateur.

  • Le morceau accroche : c’est le premier single, celui qui attrape l’attention en moins de 30 secondes. Il doit être radiophonique, direct, avec un hook mémorable.
  • Le morceau identité : il révèle l’univers et la singularité du projet. Moins immédiat peut-être, mais essentiel pour comprendre qui vous êtes artistiquement.
  • Le morceau live : celui qui prouve que votre proposition tient la scène. Il peut être plus énergique, prévoir des breaks pour interaction, ou montrer des arrangements adaptables au live.
  • Dans la plupart des cas, je recommande que ces trois titres viennent de l’EP mais puissent aussi inclure un single antérieur si celui-ci est significatif pour l’identité du groupe.

    Analyser chaque titre avec des critères précis

    Pour ne pas choisir au hasard, j’évalue chaque piste selon des critères concrets :

  • Hook (présence d’un refrain, d’une mélodie pivot)
  • Durée (les programmateurs aiment les formats qui s’intègrent facilement dans une setlist)
  • Énergie (montée, chute, moments forts)
  • Mix live (facilité à reproduire le rendu studio sur scène)
  • Originalité (élément distinctif : instrument, procédé de production, voix)
  • J’utilise souvent un tableau simple pour noter chaque piste. Voici un modèle que j’applique :

    TitreHookDuréeÉnergieFacilité liveCommentaire
    Titre AFort (refrain catchy)3:10MediumOui (guitare + synth)Bon single d’entrée
    Titre BMoyen4:05Bas→HautNon (beaucoup de textures)Identité forte mais à simplifier pour scène
    Titre CFaible5:00HautOui (trip rock live)Super pour finir set

    Penser setlist : comment les morceaux s’enchaînent-ils en live ?

    Un programmateur ne veut pas juste écouter des singles isolés ; il veut s’imaginer la scène. Je décris donc toujours comment ces trois titres pourraient s’enchaîner dans un set de 20-30 minutes :

  • Intro : le morceau accroche en ouverture ou pour capter un public qui passe.
  • Milieu : le morceau identité pour installer l’atmosphère et raconter quelque chose.
  • Final : le morceau live, énergique, prévu pour laisser une impression durable.
  • Si vous avez des transitions live intéressantes (reprises, intros étirées, blocs de percussion), mentionnez-les. Les programmateurs aiment l’idée d’un show pensé, pas seulement d’un assemblage de chansons.

    Soigner la présentation dans le dossier

    Le choix des titres doit être accompagné d’une présentation claire et professionnelle :

  • Envoyez les morceaux sur une plateforme accessible (SoundCloud privé, Bandcamp, Dropbox) plutôt que des fichiers lourds en pièce jointe.
  • Incluez une mini-setlist suggérée (durée totale, ordre des morceaux) et un court paragraphe expliquant pourquoi chaque titre a été choisi.
  • Ajoutez des éléments visuels : photo live, teaser vidéo de 30-60 secondes, ou un clip lyric. Les programmateurs reçoivent des centaines de dossiers ; un bon visuel aide à mémoriser.
  • Mentionnez la configuration technique live (nombre de musiciens, nécessité d’instruments, backtracks) pour éviter les mauvaises surprises.
  • Personnellement, j’utilise Canva pour créer une fiche artiste simple et esthétique, et je fournis toujours un lien vers une vidéo live (même si c’est une captation répétition) : c’est souvent le plus persuasif.

    Appuyer votre sélection avec des données

    Rien ne remplace des chiffres quand ils sont honnêtes. Si un morceau a de l’engagement sur Spotify, YouTube ou sur vos réseaux, signalez-le :

  • Nombre d’écoutes/streams
  • Performances sur des playlists (indiquez les noms si possible)
  • Vidéos live avec vues ou interactions
  • Mais attention à ne pas fabriquer des chiffres : la transparence paie. Si vous n’avez pas encore d’audience massive, mettez l’accent sur l’impact local (programmations précédentes, bars, salles) et sur le potentiel scénique.

    Adapter le discours selon l’interlocuteur

    Un directeur artistique d’un festival souhaite souvent savoir : « Est-ce que ce concert tiendra la route et attirera du public ? » Pour lui répondre, j’adapte mon mail :

  • Pour des petites salles/scènes découvertes : mettez en avant l’identité, l’histoire, la proximité avec le public.
  • Pour des festivals plus grands : mettez l’accent sur le single accroche, la capacité à jouer un set énergique et sur toute donnée prouvant un attrait (streams, presse, radios locales).
  • Incluez toujours une phrase de mise en contexte : pourquoi vous pensez coller à leur programmation cette année (référence à un artiste similaire, une thématique du festival, une nouveauté sur scène).

    Tester et réviser : ne pas hésiter à faire écouter en dehors du cercle

    Avant d’envoyer votre sélection finale, faites écouter ces trois titres à des personnes extérieures au groupe : ami·e·s, programmateurs locaux, technicien·ne·s son. Le feedback extérieur est précieux pour repérer ce qui accroche réellement.

  • Notez les réactions immédiates : quel titre retient le plus ?
  • Demandez à quel moment précis la chanson devient mémorable (30s, refrain, break).
  • J’ai souvent réarrangé un choix après trois ou quatre écoutes critiques : attention, vous êtes parfois trop proche de vos morceaux pour être objectif·ve.

    Préparer la suite : teaser, plan B, disponibilité

    Après avoir envoyé les trois morceaux, préparez-vous à deux scénarios :

  • Le programmateur demande une captation live ou un EP en entier : ayez une vidéo ou une session live prête.
  • Le programmateur veut une version courte ou remix : proposez une version edit (1:30–2:30) pour les créneaux courts.
  • Enfin, indiquez toujours vos disponibilités et votre flexibilité (jeu en duo, acoustique, ajout de backtracks). Cela facilite la décision côté production et montre votre professionnalisme.

    Choisir les trois morceaux, ce n’est pas seulement jouer sur la qualité des chansons : c’est raconter une histoire cohérente, offrir une vision scénique et faciliter la décision logistique du programmateur. Avec une sélection pensée, des supports visuels et des preuves concrètes (vidéo, streams, dates), vous mettez toutes les chances de votre côté pour décrocher une scène. Alors prenez votre temps, testez, ajustez — et surtout, envoyez un dossier qui donne envie d’écouter, puis d’applaudir.

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