Choisir trois morceaux d’un EP à mettre en avant pour convaincre un programmateur de festival, c’est un art autant qu’une stratégie. J’ai usé, testé et parfois raté cette sélection plus d’une fois en préparant des dossiers pour des scènes locales ou des tremplins. Aujourd’hui je vous livre ma méthode, concrète et incarnée, pour maximiser vos chances d’attirer l’attention — et surtout d’être booké·e.
Commencer par l’objectif : quel festival, quelle scène ?
Avant toute chose, notez ceci : tout dépend du festival visé. Un morceau idéal pour un festival indie en bord de mer ne sera pas nécessairement celui qui convaincra un programmateur d’un festival électro ou d’un événement folk. Je commence donc toujours par me poser ces questions :
Répondre à ces questions me permet d’écarter rapidement les titres qui ne collent pas à l’esprit de l’événement. On ne propose pas un slow lâché pour une nuit électro et on n’envoie pas un banger hard-rock pour une scène acoustique intimiste.
Définir les trois rôles : accroche, identité, performance live
Je choisis systématiquement trois morceaux selon des rôles distincts. Cette grille m’aide à présenter un argumentaire cohérent au programmateur.
Dans la plupart des cas, je recommande que ces trois titres viennent de l’EP mais puissent aussi inclure un single antérieur si celui-ci est significatif pour l’identité du groupe.
Analyser chaque titre avec des critères précis
Pour ne pas choisir au hasard, j’évalue chaque piste selon des critères concrets :
J’utilise souvent un tableau simple pour noter chaque piste. Voici un modèle que j’applique :
| Titre | Hook | Durée | Énergie | Facilité live | Commentaire |
|---|---|---|---|---|---|
| Titre A | Fort (refrain catchy) | 3:10 | Medium | Oui (guitare + synth) | Bon single d’entrée |
| Titre B | Moyen | 4:05 | Bas→Haut | Non (beaucoup de textures) | Identité forte mais à simplifier pour scène |
| Titre C | Faible | 5:00 | Haut | Oui (trip rock live) | Super pour finir set |
Penser setlist : comment les morceaux s’enchaînent-ils en live ?
Un programmateur ne veut pas juste écouter des singles isolés ; il veut s’imaginer la scène. Je décris donc toujours comment ces trois titres pourraient s’enchaîner dans un set de 20-30 minutes :
Si vous avez des transitions live intéressantes (reprises, intros étirées, blocs de percussion), mentionnez-les. Les programmateurs aiment l’idée d’un show pensé, pas seulement d’un assemblage de chansons.
Soigner la présentation dans le dossier
Le choix des titres doit être accompagné d’une présentation claire et professionnelle :
Personnellement, j’utilise Canva pour créer une fiche artiste simple et esthétique, et je fournis toujours un lien vers une vidéo live (même si c’est une captation répétition) : c’est souvent le plus persuasif.
Appuyer votre sélection avec des données
Rien ne remplace des chiffres quand ils sont honnêtes. Si un morceau a de l’engagement sur Spotify, YouTube ou sur vos réseaux, signalez-le :
Mais attention à ne pas fabriquer des chiffres : la transparence paie. Si vous n’avez pas encore d’audience massive, mettez l’accent sur l’impact local (programmations précédentes, bars, salles) et sur le potentiel scénique.
Adapter le discours selon l’interlocuteur
Un directeur artistique d’un festival souhaite souvent savoir : « Est-ce que ce concert tiendra la route et attirera du public ? » Pour lui répondre, j’adapte mon mail :
Incluez toujours une phrase de mise en contexte : pourquoi vous pensez coller à leur programmation cette année (référence à un artiste similaire, une thématique du festival, une nouveauté sur scène).
Tester et réviser : ne pas hésiter à faire écouter en dehors du cercle
Avant d’envoyer votre sélection finale, faites écouter ces trois titres à des personnes extérieures au groupe : ami·e·s, programmateurs locaux, technicien·ne·s son. Le feedback extérieur est précieux pour repérer ce qui accroche réellement.
J’ai souvent réarrangé un choix après trois ou quatre écoutes critiques : attention, vous êtes parfois trop proche de vos morceaux pour être objectif·ve.
Préparer la suite : teaser, plan B, disponibilité
Après avoir envoyé les trois morceaux, préparez-vous à deux scénarios :
Enfin, indiquez toujours vos disponibilités et votre flexibilité (jeu en duo, acoustique, ajout de backtracks). Cela facilite la décision côté production et montre votre professionnalisme.
Choisir les trois morceaux, ce n’est pas seulement jouer sur la qualité des chansons : c’est raconter une histoire cohérente, offrir une vision scénique et faciliter la décision logistique du programmateur. Avec une sélection pensée, des supports visuels et des preuves concrètes (vidéo, streams, dates), vous mettez toutes les chances de votre côté pour décrocher une scène. Alors prenez votre temps, testez, ajustez — et surtout, envoyez un dossier qui donne envie d’écouter, puis d’applaudir.